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Les photographes de Joomeo : Parlez-vous Urbex, comme Olivier Lerme ?

Il existe un style photographique qui semble prendre un certain essor depuis quelques années : l’Exploration Urbaine. Dit comme ça, ça ne vous évoque peut-être rien de précis, mais si nous parlions d’URBEX ? Ha ! Visiblement certain.e.s d’entre vous ont déjà entendu ce mot… Entrons dans cet univers plutôt confidentiel en suivant notre guide du jour, Olivier Lerme.

Nous tenons à préciser immédiatement que l’Urbex étant une activité généralement interdite, il ne s’agit pas pour Joomeo de promouvoir ou d’inciter à sa pratique. Olivier Lerme explique d’ailleurs très bien les risques encourus par toute personne s’adonnant à la pratique de l’Urbex. Cet article a pour seul but de mieux vous faire connaitre un style qui se développe dans les espaces de diffusion et les expositions photo.

La photo URBEX avec Olivier LERME - Les pieds dans la neige
Retrouvez les photos de toute la série dans le diaporama en fin d’article ou dans l’album public « URBEX » d’Oliver Lerme.

Joomeo :

Bonjour Olivier ! L’équipe de Joomeo et nos lecteurs vous connaissent déjà car nous avons publié il y a quelques temps un article sur vos photos de concerts. Comment passe-t-on de la photo d’artistes en « live », c’est-à-dire littéralement vivants, à la photo Urbex qui représente par définition un lieu… mort ?

Olivier Lerme :

Disons que je ne souhaite pas me limiter à un seul style. Certes je suis venu à la photo par la musique et la photo de concert gardera toujours une place importante dans mon cœur, mais j’apprécie la diversité.

J’ai connu l’Urbex en regardant les photos de certains amis tout simplement. L’esthétique de ces images m’a interpelé, je m’y suis intéressé en tant que « spectateur » dans un premier temps, puis l’envie m’a titillé de plus en plus de m’essayer à ce type de prise de vue qui a un côté très intimiste.

Disons que je ne souhaite pas me limiter à un seul style. Certes je suis venu à la photo par la musique et la photo de concert gardera toujours une place importante dans mon cœur, mais j’apprécie la diversité.

Olivier Lerme

J’ai commencé par me faire la main sur des spots connus de tous les urbexeurs du coin (Grenoble et alentours) puis, petit à petit, j’ai cherché des coins moins fréquentés, moins accessibles et j’ai évolué sur des spots de plus en plus confidentiels et surtout intéressants. Je reste néanmoins loin, très loin des spots de folie de certains !

La photo URBEX avec Olivier LERME - Entrée
Retrouvez les photos de toute la série dans le diaporama en fin d’article ou dans l’album public « URBEX » d’Oliver Lerme.

 Joomeo :

Qu’entendez-vous par « spots de folie » ?

Olivier Lerme :

Certains spots, notamment en Belgique, sont juste fabuleux. Des châteaux encore dans leur jus, aucune dégradation, aucun graffiti. Les meubles sont toujours présents, les livres… tout, absolument tout est encore à la même place que lorsque le lieu a cessé d’abriter des âmes. Je pense aussi à certains spots très délicats d’accès qui offrent un émerveillement sans pareil. Après encore une fois tout est question de sensibilité.

[…] Les meubles sont toujours présents, les livres… tout, absolument tout est encore à la même place que lorsque le lieu a cessé d’abriter des âmes.

Olivier Lerme

Joomeo :

Les urbexeurs n’aiment pas trop divulguer les endroits qu’ils affectionnent, surtout en dehors de la communauté. Pourquoi ? Est-ce qu’il s’agit de protéger le spot des dégradations, de préserver l’originalité de leurs photos ou d’entretenir le côté communautaire de la pratique, seuls les initiés ayant accès à ces informations ?

Olivier Lerme :

Tu réponds toi-même à la question. La préservation des lieux est ancrée dans l’âme des pratiquants. Je suis profondément déçu et en colère lorsque je tombe sur des spots qui se dégradent de visite en visite (oui il m’arrive de retourner plusieurs fois sur un ou deux spots dont j’adore l’ambiance et l’atmosphère).

De plus la recherche de spots fait partie intégrante de la discipline, tu ressens un sentiment de satisfaction lorsque tu trouves enfin les coordonnées du spot que tu « traques ». Il faut faire ses preuves avant de pouvoir prétendre accéder à certains endroits… D’ailleurs, je tiens à remercier particulièrement Sunshine, Mathieu csn, Isa bellixon et Happy Return ! C’est en grande partie grâce à ces personnes que je suis venu dans le monde de l’Urbex et que j’ai pu photographier un certain nombre de lieux très très inspirants.

[…] ces endroits, autrefois vivants et à présent recouverts de poussière, ont encore une âme. C’est une sensation troublante de les explorer et de percevoir une sorte de vie en suspend.

Olivier Lerme

Joomeo :

Que cherchez-vous lorsque vous partez en Urbex ?

Olivier Lerme :

Lorsque je suis en exploration je me retrouve face à moi-même, j’ai un sentiment intense de recueillement, de plénitude face à ces traces du passé.

Se retrouver dans une ancienne usine, dans un hôpital vide, dans un château abandonné est une expérience assez étrange. Tous ces lieux font partie intégrante de notre patrimoine culturel, historique et économique, de notre mémoire collective.

Certain.e.s trouveront la réflexion suivante un brin excessive ou romanesque, mais ces endroits, autrefois vivants et à présent recouverts de poussière, ont encore une âme. C’est une sensation troublante de les explorer et de percevoir une sorte de vie en suspend

Finalement, le principe de la photo Urbex est peut-être de mettre cette sensation en image.

La photo URBEX avec Olivier LERME - Hôpital
Retrouvez les photos de toute la série dans le diaporama en fin d’article ou dans l’album public « URBEX » d’Oliver Lerme.

 Joomeo :

Est-ce que l’Urbex est une mode ou un vrai mouvement photographique ?

Olivier Lerme :

Les deux mon capitaine. Il est indéniable que la pratique se « démocratise » de plus en plus, j’en suis d’ailleurs l’exemple parfait puisque cela ne fait que deux ans que je m’adonne à cette pratique. L’Urbex n’en reste pas moins un vrai mouvement photographique avec une culture et des codes qui lui sont propres. Chacun y apporte sa propre vision en fonction de sa sensibilité, et c’est ce qui le rend vivant.

Il faut bien avouer que les adeptes sont avares d’infos sur les endroits qu’ils photographient… généralement l’objectif est de protéger les spots. Cela dit, ils utilisent tous les moyens à leur disposition pour diffuser leurs créations et les partager avec le plus de monde possible !

Pour moi l’Urbex s’apparente à une sorte de recueillement, une communion avec soi-même face aux témoignages du passé.

Olivier Lerme

Joomeo :

Visuellement, on a envie de faire un lien entre l’Urbex et la musique gothique… y a-t-il vraiment une connexion entre ces 2 types d’expressions artistiques ? L’une sert-elle l’autre ?

Olivier Lerme :

Alors là tu me poses une colle. J’avoue que je n’y avais jamais pensé ! En fait, je pense que c’est une vision beaucoup trop réduite de l’Urbex qui est une discipline très vaste. On oublie souvent que la toiturophilie, la cataphilie, l’exploration rurale, les friches industrielles, l’infiltration font partie de l’Urbex. Autant d’esthétiques assez éloignées de The Cure ou Marylin Manson !

Alors oui, certaines photos peuvent paraitre un peu sombres, ce qui pourrait alimenter la théorie d’un lien entre gothisme et Urbex, mais toutes ne le sont pas. Comme je l’ai expliqué plus haut, pour moi cette pratique s’apparente avant tout à une sorte de recueillement, une communion avec soi-même face aux témoignages du passé.

La photo URBEX avec Olivier LERME - Piano
Retrouvez les photos de toute la série dans le diaporama en fin d’article ou dans l’album public « URBEX » d’Oliver Lerme.

Joomeo :

Quels sont les sites qui vous inspirent le plus, vielles bâtisses, usines désaffectées, zones urbaines…?

Olivier Lerme :

Chaque site est différent, chacun apporte son lot d’émotions et de questions. J’aime imaginer la vie qu’il y avait dans ces endroits. Ils ont fait vivre des personnes, encore une fois ils font partie de notre patrimoine.

Certes un château sera toujours impressionnant et imposant de par sa majesté, un hôpital de par son histoire. Mais une simple maison abandonnée peut aussi regorger de souvenirs et de trésors qui sont parfois presque palpables. On tente de capter tout ça avec notre appareil photo.

En fin de compte, les spots comme les photos sont des auberges espagnoles : on y trouve ce qu’on y apporte !

J’ai été surpris de certaines interprétations : je n’imaginais pas à quel point chacun investit les images qu’il observe avec son propre vécu !

Olivier Lerme

Joomeo :

A vous lire, l’Urbex ressemble à une pratique plutôt introspective…

Olivier Lerme :

Probablement oui. Les lieux que nous photographions sont souvent inertes et ils incitent à la médiation je trouve. En tous cas, ils véhiculent plus des sentiments que des messages à mon sens. C’est pour ça que j’ai créé l’exposition « Fragments » qui tournent régulièrement dans divers lieux. Mes photos y sont accompagnées de poèmes écrits par Philippe Castellano et la prose de Cécile Gircol. Je ne leur ai donné aucune directive ni aucune information à propos des images, je voulais qu’ils expriment les sentiments bruts générés par mes photos en dehors de tout contexte.

Cet exercice a été très révélateur. Les textes produits sont parfois très éloignés de ce que je pensais mettre dans mes photos et j’ai été surpris de certaines interprétations : je n’imaginais pas à quel point chacun investit les images qu’il observe avec son propre vécu ! Finalement, j’en ai conclue qu’une photo est moins un média qu’un réceptacle : elles reçoit et illustre plus les sentiments de celui qui la regarde qu’elle ne diffuse le message du photographe.

Certains urbexeurs sont plus attirés par des châteaux alors que d’autres vont se tourner vers des friches industrielles. Les souterrains ou encore l’exploration par les toits sont d’autres types de spots très appréciés. En définitive, le photographe choisit l’environnement qui symbolise le mieux son état d’âme, sa personnalité ou qui met en lumière une partie de son vécu.

La photo URBEX avec Olivier LERME - Fenêtre
Retrouvez les photos de toute la série dans le diaporama en fin d’article ou dans l’album public « URBEX » d’Oliver Lerme.

Joomeo :

Quelle est la place du post-traitement dans cette discipline ? L’Urbex impose-t-il que l’on passe plus de temps sur chaque photo pour créer une ambiance en retraitant les lumières ou les couleurs ?

Olivier Lerme :

Urbex ou pas, la photo reste de la photo ! Le post-traitement n’est jamais une obligation, c’est un choix artistique. Tout dépend du rendu que l’on recherche, de l’émotion que l’on veut transmettre et des conditions de prise de vue pendant la session.

En fonction de ces 3 facteurs, certaines photos vont bénéficier d’un post traitement assez poussé alors que d’autres seront à peine touchées. Ce n’est une question de feeling, d’émotion. Parce qu’à mon sens, la seule fonction d’une photo est de susciter des émotions, notamment en Urbex.

Certains post traitements sont assez poussés, je le reconnais et le revendique même ! Cela fait partie de mon style. Mais je n’en fais pas une obligation.

Olivier Lerme

Dans la galerie que je propose pour cet article, certains post traitements sont assez poussés, je le reconnais et le revendique même ! Cela fait partie de mon style. Mais je n’en fais pas une obligation et je ne m’interdis jamais de garder une image telle qu’elle a été prise en corrigeant à peine les contrastes ou la saturation.

Joomeo :

Est-ce que vous travaillez la mise en scène sur place en déplaçant des éléments, en ajoutant des accessoires, ou préférez-vous travailler à partir de la scène brute en jouant sur les techniques de prise de vues personnelles, sur l’ajout de filtres ou l’utilisation d’objectifs particuliers ?

Olivier Lerme :

Je ne rajoute jamais d’accessoire, je tiens à ne pas dénaturer ce que m’offre le spot. Néanmoins, il m’arrive parfois de faire une petite mise en scène avec les éléments présents dans la pièce. Mais cela reste extrêmement rare. Je préfère jouer avec la lumière en changeant mes réglages ou en changeant mes prises de vue. Je n’utilise pas de filtre.

Concernant les objectifs j’utilise principalement mon grand angle à savoir un Canon 10-18, mon 28- 75 et mon 50. Il est conseillé d’avoir des objectifs qui ouvrent au maximum car nous évoluons souvent en milieu sombre, et l’utilisation d’un trépied s’impose d’elle-même.

Je tiens surtout à mettre en avant la notion de respect des lieux et reprendre cet adage « ne rien prendre d’autre que des photos, ne laisser que nos traces sur le sol » (souvent poussiéreux d’ailleurs).

Olivier Lerme

Joomeo :

Quelles sont les contraintes de cette pratique ?

Olivier Lerme :

Déjà il faut savoir que dans presque la totalité des cas, les spots sont interdits. Il faut donc se faire discret et éviter les gardiens. Je tiens surtout à mettre en avant la notion de respect des lieux et reprendre cet adage « ne rien prendre d’autre que des photos, ne laisser que nos traces sur le sol » (souvent poussiéreux d’ailleurs).
Trop de spots sont saccagés par des personnes n’ayant aucun respect ce qui peut nuire à notre passion.

Il m’est arrivé de me faire surprendre en pleine exploration ou d’être raccompagné en dehors d’un lieu par les forces de l’ordre. Généralement je montre mon matériel photo, je donne une carte avec mon site ainsi que ma carte d’identité et cela se passe bien. Mais il arrive que certains gardiens soient beaucoup moins coopératifs et certains échanges peuvent s’avérer vigoureux.

La photo URBEX avec Olivier LERME - Chambre
Retrouvez les photos de toute la série dans le diaporama en fin d’article ou dans l’album public « URBEX » d’Oliver Lerme.

 Joomeo :

Quels sont vos conseils pour débuter dans cette pratique ?

Olivier Lerme :

Pour commencer, même si cela est évident je tiens à rappeler encore une fois que la pratique de l’Urbex est dans la majeur partie des cas interdite. Le fait d’entrer dans des propriétés privées ou des friches industrielles, n’est pas autorisé.

Il en va de même pour la toiturophilie, la cataphilie. Il faut bien se renseigner sur les spots que l’on souhaite explorer, connaitre les accès, savoir s’il y a un gardien ou une alarme… Cela permet de parer à toutes les éventualités et de se préparer à réagir de la meilleure façon qu’il soit.

Une règle que je m’impose est de ne jamais explorer seul. Un accident pouvant arriver si personne n’est avec toi cela peut vite devenir problématique.

Olivier Lerme

Une règle que je m’impose est de ne jamais explorer seul. Un accident pouvant arriver si personne n’est avec toi cela peut vite devenir problématique.

Ne pas se laisser griser par l’excitation et toujours faire attention là où on met les pieds ! Un trou dans le plancher, des clous, des bouts de verre, un passage délicat, il faut être conscient du danger.

Cela peut aussi paraitre évident mais ne jamais explorer en reculant.

Toujours avoir une frontale, une bouteille d’eau et pourquoi pas une barre de céréale pour manger un peu. Certaines explorations peuvent durer vraiment longtemps, il faut s’y préparer.

Et surtout ne rien casser, ne rien dégrader, nous avons la chance d’être les témoins du passé et nous devons le préserver.

Joomeo :

Merci pour ces conseils très pragmatiques toujours bons à répéter.
Il est temps maintenant de laisser parler les images et d’offrir à nos lecteurs un aperçu de vos dernières réalisations… c’est envoutant !

Retrouvez notre photographe sur…

son site : www.oliveyeahphotographie.com
son espace Joomeo public : Espace oliveyeah38
sa page Facebook : www.facebook.com/oliveyeahphotographie

Yann - Reporter

Yann - Reporter

Le gourou de l'actu chez Joomeo ! Il parcourt le web pour vous faire profiter de toutes les infos en lien avec la photo, le cloud etc. C'est aussi lui qui s'occupe des interviews avec les photographes de Joomeo.

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